inipi

Il est absurde que cette page se trouve sur ce site internet. Mais il serait tout aussi absurde de créer un site internet dédié à Inipi. La modernité a saboté le monde des Anciens, c’est au tour du monde des Anciens de lui jouer un tour, de s’inviter là où on ne l’attend pas, de le hacker.

inipi ?

“Hutte à sudation” ou “Loge de transpiration” rendent très mal le Lakota “Inipi” qui signifie “demeure du souffle vital”.

La hutte représente la matrice, le ventre de la Terre Mère, porteuse de toute vie, fécondée par le Soleil, ici le Foyer Sacré qui chauffe les pierres, les Grands-Mères, mémoires ancestrales de la création qui ouvrent nos cœurs à la guérison et à l’amour. L’eau que nous versons sur elles fait jaillir la vapeur, le Souffle du Grand-Père, à la chaleur relaxante puis brûlante. Le Grand-Père, c’est le Grand Mystère, l’Univers. Nous respirons ce souffle, nous le laissons nous parcourir pour qu’il nous purifie. L’Eau, mon sang ; l’Air, mon souffle ; la Terre, ma chair ; le Feu, mon esprit. Nous sommes poussières d’Étoiles animées par les Forces de l’Univers.

Entrer dans la Loge, c’est entreprendre un processus à la fois de trépas et de gestation, pour une renaissance à soi et au monde : se libérer du passé, accueillir le présent, s’ouvrir à l’avenir. Dans l’obscurité, nous chantons, prions, méditons, pour purifier et rééquilibrer le corps physique, le corps mental, le corps émotionnel et le corps spirituel. Pratiquer la hutte à chaque pleine Lune, au fil des saisons, année après année, nous connecte, telles les menstruations, à la vie qui circule en nous, à la Terre Mère, ce joyau si rare dans l’Univers, à sa puissance, à ses rythmes. Participer ensemble à ce rituel, au même moment, sur tous les continents, tisse les liens entre les membres de la grande tribu.

La hutte est une cérémonie de gratitude pour cette existence, ici et maintenant. Gratitude pour chaque instant. Je suis né*, je grandis, je transmets, et je retournerai à la Terre pour nourrir la Vie. La hutte construit la paix, en soi et autour de soi. Comprenons les âges de la vie, semblables aux saisons, aux quatre directions. Apprenons à ouvrir notre esprit, à devenir plus humbles, plus patient*s, à nous aider les un*s les autres, à remercier pour tout ce qui nous est offert. Prenons conscience des liens de parenté qui nous unissent au monde minéral, au monde végétal et au monde animal. Respectons les : ils nous permettent de vivre. Remercions Pte San Wan, la Femme Sacrée, le nuage blanc devenu bisonne blanche qui a offert le rituel au peuple Lakota. Remercions celles et ceux qui apprennent et partagent les enseignements de la cérémonie de la hutte : suivre la voie de la réunification, rassembler les âmes et réfléchir à ce que nous pouvons faire pour remercier la Terre Mère et pour la tribu qu’Elle met au monde et qu’Elle nourrit.

Mitakuye Oyasin

Partager le rituel

La femme Bisonne blanche a offert le rituel au peuple Lakota.

Archie Fire Lame Deer, issu d’une lignée d’hommes médecine, a vécu éloigné de sa culture ancestrale. Il a mené une vie tourmentée avant de revenir à ses racines. Il a alors passé les vingt dernières années de sa vie à faire connaître la culture de son peuple et à diffuser ce rituel sur les terres qui l’ont vu naître , mais aussi en Europe pour nous aider à nous reconnecter à l’essence de la Vie.

Au début des années 80, Richard qui avait fuit l’agglomération parisienne pour vivre dans dans les montagnes ariégeoises, au cœur des Pyrénées, a demandé à Archie de venir enseigner la hutte. Ensemble, ils ont choisi l’endroit qui convenait. Un rendez-vous s’est alors mis en place pour organiser la cérémonie à chaque pleine Lune, en toute saison, sans presqu’aucune exception en quarante ans. Michel et son épouse Maïka se sont beaucoup impliqué*s tout ce temps pour guider les huttes sans que personne n’envisage de se prétendre guérisseu* : juste des apprenti*s qui ne s’approprient pas la culture Lakota, qui n’imitent pas un rituel mais s’en inspirent, essayent de le comprendre, de questionner leur propre culture. Aucun commerce n’a été fait. Chaque personne participe comme elle le peut : ramasser le bois, le couper, le fendre, choisir respectueusement les pierres et les transporter, remplacer une scie, une couverture, offrir de son temps pour entretenir le lieu… Participer. Offrir et recevoir, respecter et se respecter, se soutenir, entretenir la confiance, la paix : la hutte nous apprend à vivre ensemble.

J’ai rencontré un jour le petit-fils de Richard. J’ai ainsi découvert cette hutte. J’y ai participé presque systématiquement pendant quatre années. Michel un vieil homme m’a invité à me préparer à prendre le relai, ce que j’ai perçu à la fois comme une marque de confiance, et une responsabilité difficile à assumer. Je me suis lentement familiarisé à cette idée, pétri d’hésitations. Un jour, j’ai eu la surprise d’être désigné pour guider la cérémonie : le moment était venu comme l’oiseau doit un jour voler de ses propres ailes. Ce changement a froissé certains egos. Des reproches ont été faits. J’ai choisi de me mettre en retrait, de m’éloigner de la hutte pendant presque deux ans. Michel, devenu trop âgé pour parcourir le chemin à travers la forêt, a cessé de venir. Maïka reste à ses côtés. Richard aussi sent qu’il est temps de laisser la place à la génération suivante. Le devenir de cette hutte là est incertain. Mais la hutte est dans mon cœur. Je souhaite recevoir encore ses enseignements et les partager. Guillaume, ami voyageur de longue date que je vois rarement, m’a invité à le rejoindre pendant l’été au rassemblement Rainbow européen, ce qui a été pour moi l’occasion de proposer de découvrir ou de mieux connaître la hutte, d’en construire une, de faire une cérémonie pour que ce rituel puisse exister régulièrement en d’autres lieux. Il m’a demandé si j’accepterais de passer dans les Vosges pour aider à en installer une. Les connexions se mettent en place. En retournant près des Pyrénées, j’ai retrouvé Richard qui m’annonçait que la cérémonie du lendemain serait la dernière pour lui si personne ne prenait la suite. Michel et Maïka nous ont rejoints. Nous avons parlé et avons pris rendez-vous. J’y suis allé à la hutte. Avec nous, seulement la fille de Richard, son petit-fils, sa petite-fille, et son arrière-petite-fille âgée de 3 ans qui venait pour la première fois : quatre générations réunies. Le lendemain, j’ai pu parler longtemps avec Richard et Maika qui m’ont confié quelques souvenirs et de précieux livres. De fil en aiguille, je pose ces quelques lignes, signe de mon intention de poursuivre le chemin.

Je ne suis pas un Lakota. Je ne suis pas un homme médecine. Je ne prétends détenir aucun pouvoir surnaturel, aucun moyen de communication privilégié avec les Esprits. Mes études scientifiques m’ont donné une idée de l’histoire de l’Univers et de la Vie, de leur évolution, mais le Grand Mystère reste pour moi entier. Je trouve dans la hutte une cosmogonie poétique, sensible, inspirante. La gratitude, l’humilité, la paix qu’elle nous invite à cultiver, les liens qu’elle tisse ont apaisé mon âme. Je chemine beaucoup plus sereinement.

Je ne suis pas un Lakota. Je n’ai pas l’intention de m’approprier une culture dans laquelle je n’ai pas été instruit au fil des générations. Je n’ai pas l’intention de mimer par bêtise des traditions que je ne fais qu’effleurer. Je m’en inspire simplement pour tracer mon propre chemin, en réfléchissant à ce que je garde, et à ce que je change, à ce que je voudrais partager. Qui s’écarte de la tradition construit l’exception, qui reste dans la tradition en est l’esclave. C’est toujours à sa perte qu’on s’achemine dans les deux cas. Je cherche l’équilibre entre l’audace d’être soi et le respect des ancêtres, de mes frères et sœurs et des êtres qui viendront après nous.

Si j’étais un Lakota, je serais peut-être un heyoka, ce personnage déroutant qui joue avec les normes, les habitudes, pour les questionner, pour les changer ou au contraire leur donner un nouveau souffle. Mais je ne suis pas un Lakota. Je ne suis qu’un humble apprenti, et avant tout, un enfant de la Terre et du Grand Mystère.

Les traces

Le peuple Lakota veille à laisser peu de traces derrière lui. Il reste discret. Il remet tout en place quand il s’en va, ne laisse pas sur la Terre les marques de son passage, ne plante pas de clôtures, ne dresse pas de murs, ne construit pas de routes, de maisons en pierre, ne creuse pas pour faire passer des tuyaux ou des câbles.

La culture Lakota se transmet oralement, mais l’homme blanc est arrivé et a pillé. Le peuple Lakota n’est pas éteint, mais il est affaibli, comme toute les formes de vie que nous malmenons, comme toutes les ressources que nous épuisons. Pour survivre, le peuple Lakota a du se conformer au moins en partie à nos mœurs, mais il n’a pas perdu ses racines. Il se relève. Malgré ses réticences, il nous laisse écrire, enregistrer. Il monte dans nos avions pour nous apporter ses enseignements. Nous écrivons souvent des bêtises, ce que nous croyons comprendre, sur du papier, sur des ordinateurs. C’est absurde, mais sans doute inévitable : nous avons du mal à nous débarrasser de nos mauvaises habitudes.

La hutte n’est pas un sauna en plein air pour des plus ou moins hippies en mal d’exotisme. La hutte est une pratique spirituelle : la construire ensemble pour tisser des liens, se questionner sur le sens de chaque élément du rituel, ressentir. Tout cela ne se trouve pas dans les livres mais s’expérimente dans les quatre corps – physique, mental, émotionnel et spirituel – et dans les liens que nous tissons.

Des guerres continuent de faire rage au nom de textes considérés comme des vérités qui doivent s’imposer. La spiritualité, bien avant d’être une transmission, est un cheminement qui se nourrit de celui de nos ancêtres.

J’ai trouvé quelques lectures et quelques enregistrements qui m’inspirent, mais bien moins que les liens directs que je tisse avec le Grand Mystère, pas seulement le temps d’une cérémonie quelque part dans un lieu reculé entouré d’ami*s au regard doux et à la peau ridée. Je vous confie ces traces. Libre à vous de sentir ce qui résonne en vous.

Enregistrements audios réalisés lors de ses interventions en France (Labaroche, Plouray, Chamarande)

Pratiquer Inipi

Si vous souhaitez pratiquer Inipi avec le respect qui lui donne son pouvoir, vous pouvez me contacter. Je vous inviterai peut-être à m’accompagner au fin fond de l’Ariège, près du Mont Valier. Si vous souhaitez en mettre une en place et si votre approche résonne en moi, je peux être disposé à vous rendre visite. Je partage ce qui m’a été offert. Vous trouverez ci-dessous les éléments à réunir avant ma venue.

Idéalement, on choisit un endroit paisible, reculé, à quelques mètres d’un ruisseau, disposant d’un espace plat permettant de placer deux cercles de 5m de diamètre (un pour la hutte, l’autre pour le foyer) séparés par un sentier d’un mètre de large et de 5 à 7 mètres de long. Il est très intéressant de pouvoir construire à proximité une structure légère permettant d’étendre les couvertures pour les laisser sécher entre deux cérémonies et mettre à l’abri le petit matériel et quelques outils, ou de protéger les effets personnels lorsqu’il pleut. Un charpente grossière couverte de quelques tôles ondulées et un bardage rudimentaire sont suffisants. Un espace pour stocker le bois au sec est également à prévoir. Un dernier espace dégagé permet de s’étaler suffisamment avant et après le passage dans la hutte. Les travaux de terrassement sont des blessures infligées à la Terre Mère : je préfère les éviter.

La hutte est construite avec des perches formées de jeunes arbres flexibles, idéalement du saule, mais le noisetier est souvent bien plus facile à trouver. On a besoin de 30 à 40 perches rectilignes, de 2 à 3cm de diamètre à la base, et de 4 à 5m de long. On les utilise pour former une structure géométrique particulière orientée selon les points cardinaux. Le dôme surbaissé ainsi constitué est couvert de 3 à 4 épaisseurs de couvertures épaisses d’environ 2m x 2m chacune, soit une quarantaine de couvertures. J’aime que la couche intérieure soit un camaïeu de bleus, et la couche extérieur un camaïeu de bruns clairs. Les autres couleurs peuvent être utilisées pour les couches intermédiaires. L’intérieur de la hutte est ainsi totalement obscur et conserve bien la chaleur des pierres même lorsqu’il pleut ou qu’il neige. L’espace situé à droite de l’entrée de la hutte est également utilisé pour installer le tertre sacré.

L’entrée de la hutte est orientée vers l’Ouest direction de la méditation, celle du Soleil couchant qui met fin aux tumultes de la journée, mais si elle est construite par un Heyoka qui fait tout à l’envers, comme Black Elk, wapiti noir ou Heȟáka Sápa selon la langue, elle se trouve alors vers l’Est, peut-être parce que l’intention est alors la clarté, celle du Soleil levant qui nous sort de l’obscurité.

En face de l’entrée de la hutte se trouve le sentier sacré. Il conduit l’énergie du foyer sacré qui féconde la hutte, le ventre de la Terre Mère. Le foyer chauffe pendant plusieurs heures les pierres. Il faut 6 grosses bûches d’un peu plus d’1m de long. Les deux premières sont disposées parallèlement à un peu moins d’un mètre d’écart et permettent d’alimenter le feu en air par le dessous mais Archie préconisait d’en mettre 4 orientées d’Ouest en Est. Les 4 autres sont disposées sur elles, à la perpendiculaire. Elles doivent être capables de soutenir assez longtemps la trentaine de pierres qu’on dispose au-dessus pour les chauffer très fort : elles sont rougeoyantes quand elles entrent dans la hutte. Certaines pierres comme les roches contenant des veines de quartz ou celles qui ont séjourné dans l’eau explosent pendant qu’elles chauffent en projetant des éclats qui peuvent occasionner de sévères blessures. Le granit et le grès bien sec conviennent. Les pierres ont à peu près la taille d’une tête humaine. Plus petites, elles accumulent peu de chaleur. Plus grosses, elles sont difficiles à manipuler et risquent de rouler et de brûler quelqu’un lorsqu’elles sont déposées à l’intérieur de la hutte. Des rondins de bois d’environ 1m50 entourent les pierres. Le bois doit être suffisamment sec pour chauffer efficacement les pierres. On doit veiller à ce qu’aucun arbre ne se situe trop près de la colonne d’air chaud au-dessus du foyer. Le vent peut aussi emporter quelques braises. Les racines qui passent sous le foyer peuvent aussi déclencher un incendie. Ces risques doivent être considérés avec précaution, et en particulier lors des épisodes de sécheresse.

Du petit bois et de l’écorce de bouleau permettent d’allumer le feu.

Une fourche à foin convient bien à la manipulation des pierres chaudes.

Une balayette plate constituée de longues pailles permet d’enlever efficacement les braises et brindilles avant de faire entrer les pierres. On évite ainsi d’enfumer la hutte.

Une barre à mine ou une tête de pioche aide à faire les trous pour planter les perches dans le sol.

Une bêche pour creuser proprement la fosse au centre de la hutte qui accueille les pierres.

Quatre morceaux de tissu de couleur unie, blanc, jaune, noir et rouge, servent à faire les drapeaux qui indiquent les quatre directions. D’autres morceaux de tissu de ces mêmes couleurs permettent de confectionner à chaque cérémonie les offrandes de tabac. De la ficelle et des ciseaux permettent de préparer les sachets qu’on accroche à la structure lorsqu’on s’installe dans la hutte.

Scies, merlin, coin permettent de couper et fendre le bois.

Une pelle et une brouette pour enlever les pierres et le charbon de la cérémonie précédente.

Une bassine d’une petite dizaine de litres contient l’eau nécessaire à la cérémonie.

Une bobine de cordelette en fibre naturelle (environ 20m de long et 3mm de diamètre) pour placer correctement les perches et pour les lier entre elles.

Sauge blanche, foin d’odeur (Hierochloe odorata),  thuya et cornouiller à feuilles alternes souvent traduits par “cèdre” et “tabac” sont traditionnellement utilisés. Il est utile d’en semer pour les récolter et les sécher.

Si le ruisseau ne permet pas de s’immerger dans l’eau en sortant de la hutte, il est possible de construire un muret en pierres pour créer une retenue. Pour que l’ouvrage ne perturbe pas le cours du ruisseau, il est possible d’installer une bâche pour former une retenue d’eau seulement le jour de la cérémonie.